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Interview avec Micha Vanhoudt

Interview avec Micha Vanhoudt

Une personnalité unique

29 juin 2013, 

Micha Vanhoudt n’est pas un inconnu de Belclimb. Fin octobre 2008 déjà il répondait aux questions de la série d’interviews ‘Jeune et Belge’. Micha avait déjà un certain niveau: 8b+ après travail à Majorque et 8a à vue dans les Vosges. Des performances qui le plaçaient alors parmi les meilleurs Belges. Le temps a passé et on a pu voir Micha migrer sous d’autres cieux, ceux de l’Autriche et ses centaines de rochers qui ne l’ont pas laissé de marbre. 8c, 8c+, 9a... Micha a gravi les échelons enchaînant des prestations jamais vues en Belgique. Mais aussi des blocs côtés 8A+ et 8B+. Que le grimpeur soit catalogué comme de haut niveau ne fait plus aucun doute.
Après quelques années, le chapitre Autriche se referme mais Micha ne s’arrête pas pour autant. Il consacre une année sabatique à la découverte des falaises de l’Espagne et d’autres pays européens. Et à peine commencé, son périple accouche déjà de quelques résultats.
Le moment était venu de jeter un coup d’oeil dans le rétroviseur vers l’Autriche mais aussi de lever le voile sur les projets au programme des douze prochains mois.

Autriche

Belclimb: Micha et sa compagne Nina ont passé ces dernières années à Vienne. Quand on entend parler d’Autriche, c’est trop souvent à propos d’Innsbruck considérée la mecque la compétition. Est-ce que Vienne en serait aussi une?

Micha Vanhoudt: Vienne est moins connue qu’Innsbruck mais on y trouve un paquet de voies d’escalade et de blocs dans tous les styles. Pour les voies de plusieurs longueurs on est encore dans un registre alpin avec des murs de calcaire faisant jusqu’à 400 mètres de haut. Une chose est sûre. Ici il faut faire savoir jouer avec les conditions météo. J’ai moi-même subi une chute de grêles pendant que je grimpais...
Au niveau escalade sportive, Vienne est compatable au Nord de l’Espagne. La qualité des voies calcaire est très importante. 8 voies sur 10 valent le détour et dans le haut niveau, on trouve franchement beaucoup de petites perles. Dans un rayon d’une heure autour de Vienne, on a pas moins de 10.000 voies. En ce qui me concerne, je grimpe avec autant de plaisir là qu’à Siurana. Hohe Wand par exemple est un plateau d’altitude en forme de fer à cheval, un peu comme Céüse. Le rocher est orange comme en Espagne ou Höllental... Il y en a à l’infini, tellement, si proche l’un de l’autre qu’on imagina à peine le potentiel qui pourra en être retiré... A contrario j’ai été déçu par Zillertal. Pas parce que le massif est mauvais – au contraire – mais bien parce qu’il est un peu trop hype. Un arbre ne cache pas une fôret entière. Si on prend tous les secteurs, c’est un très petit massif. Je n’y ai d’ailleurs pas fait de bloc.

L’histoire de l’Autriche comme pays alpin est plutôt longue. En Belgique aussi même si on parle plus d’escalade sportive. Une histoire qui a été entachée par la taille et le bricolage. Qu’en est-il en Autriche?

Dans les massifs classiques, on trouve des voies taillées – comme partout – mais beaucoup moins qu’en Belgique. On a taillé dans les années ‘80 et ‘90 mais de façon très propre et dans une faible proportion. Aujourd’hui, le discours est à l’interdiction. Même pour renforcer une prise. Quand une prise casse, elle casse et la voie devient plus dure. Maintenant que j’y pense, toutes les voies dures que j’ai pu enchaîner là-bas sont 100% naturelles.

Considéré il y a quelques années comme un grimpeur de difficulté pur, Micha a livré quelques combats en bloc qui l’ont vu réussir plusieurs prestations remarquables dans ce domaine. Que peux-tu nous dire sur tes premières ascensions?

L’endroit est encore secret mais il est situé sur une colline au bord du Danube. Des jours de pluie incessants ont causé un glissement de terrain qui a mis à jour un chaos de bloc et … Waww!! Si les voies qu’on rencontre ici se trouvaient à Magic Wood […] on les considéreraient comme des classiques. Mais ici, aussi à cause du fait que l’escalade est seulement tolérée, les blocs deviennent tout doucement connus. Mais cela reste délicat...

J’ai l’impression que j’ai commencé à faire du bloc à mon arrivée à Vienne. J’ai vu les choses différemment. Après un certain temps, les problèmes de bloc sont apparus d’eux-mêmes et j’ai commencé à m’y intéresser. Ces premières ascensions ont été une suite logique, après que tout ce que le secteur possédait comme voies ait été enchaîné (8A’s, 8A+ en 8B/+). Hocus Pocus, 8A+, est une de mes plus belles lignes. Le bloc a un démarrage très spécifique pour lequel j’ai dû consacrer pas mal de temps. Il n’était pas encore répété et je pense (comme d’autres) que sa cotation doit être raisonnablement correcte.

Barry White, 8B+, a été découvert par un pote qui n’avait pas réussi à enchaîner les mouvements. Sachant cela, Berni Fiedler et moi avons continué à le travailler pour finalement réussir tous les pas individuellement. Quelques mois plus tard, je suis retourné dedans et après 12 jours, je suis parvenu à l’enchaîner. C’est une très belle ligne. Dommage que la vidéo ne soit pas représentative. Le crux est à la fin et ne ressemble pas à un crux. Les températures doivent être vraiment basses car, là où le début est un 7B, la fin est un bloc horriblement dur tout en tension. Sans friction ni adhérence, impossible de le passer. J’avais travaillé quatre méthodes mais celle avec le crochet de pointe m’a semblé la meilleure. Je sais que je n’ai pas encore beaucoup de prestations de bloc à mon palmarès et qu’émettre une cotation en 8B+ peut paraître surfaite mais je connais le massif et je peux donc estimer le niveau assez bien. Par la suite, quelques bloceurs sont venus s’y casser les dents... (zopas herhaald!!! Zie: http://www.moonclimbing.com/blog/moon-blog/bouldering/barry-white/

Les prestations auxquelles on a fait référence ces dernières années sont toutes des réalisations après travail. Les projets de longue durée seraient-ils devenus une habitude? Est-ce que c’est encore plus motivant?

Je souhaite seulement progresser. C’est la raison pour laquelle j’ai l’impression de ne pas m’investir dans des projets très longs, mais plutôt dans des projets demandant peu de temps. C’est aussi plus sûr; dans un 8c, tu peux ne pas bouger du tout les 2 à 3 premiers jours. Dans du 8b, je dois sentir les mouvements du premier coup. Un peu d’auto-rassurance, peut-être. Je ne suis un grimpeur de à vue. Je dois grandir dans une voie et mon niveau de base a besoin de 6 à 7 semaines pour se constituer. Cela vient aussi de la façon dont je me considère mentalement comme grimpeur. A côté de cela, je ne suis pas du tout un grimpeur de salle. Si je réussis du 8a à vue à l’extérieur, je me pose souvent la question de savoir si cela en valait vraiment la peine. Souvent j’en suis même complètement explosé pour le reste de la journée. Je ne suis tout simplement pas doué pour ça.
Finalement je parviens assez vite à réussir des projets plutôt durs. La sensation d’accomplissement en est encore meilleure. Hobby extra par exemple m’a demandé plus de quatre jours de travail après en avoir passé cinq pour réussir les mouvements individuellement. Une quinzaine de grimpeurs ont déjà enchaîné cette voie mais je suis seulement le troisième à la faire sans préclippage. C’est ma meilleure prestation à ce jour. Meilleure même que Erfolg. Il y a 7 à 8 mètres de dur, sans possibilité de prendre de la magnésie et a fortiori aucune marge d’erreur. Finalement je ne sais pas vraiment ce qui me convient le plus. Je ne connais d’ailleurs pas “mon style” d’escalade. Avant tout semblait plus facile. Aujourd’hui, je peine à sortir de ce chaos et j’ai le sentiment que tout est plus difficile. Il n’y a plus d’entre deux. Soit c’est dur, soit c’est facile. Peut-être cela me permet-il de sortir un peu ma tête en dehors de l’eau, de mettre de l’ordre dans tout ce chaos. Je ne suis pas non plus un grimpeur de chiffres… Je ne peux pas grimper une vois après l’autre. Je n’ai aucun talent pour ça. Ni la discipline nécessaire. Je dois me concentrer sur une voie à la fois et celle-ci doit être aussi intéressante qu’elle est motivante.

Quelle est la conclusion du chapitre autrichien?

Vienne, c’était bien. J’ai réalisé la plupart des voies que je voulais. Hobby Extra et Elza resteront certainement comme mes meilleurs souvenirs. La prolongation d’Elza me semble d’ailleurs être un gros 9a avec peut-être un +, avec entre autres un pas de bloc que j’ai essayé pendant des jours sans succès. Mais il est faisable! Pour m’entraîner dans ce but, je manque de motivation. Pour Erfolg j’avais mis en place un beau schéma d’entraînement de 3 blocs de 6 semaines. Après sept semaines, je l’avais déjà enchaîné et j’étais content de pouvoir quitter le coin d’entraînement...
L’Autriche est un pays intéressant. Il m’a ouvert les yeux. D’un point de vue professionalisme, salles, encadrement des enfants, … et surtout: les ouvreurs sont correctement payés pour un travail qui en plus d’être créatif est assez lourd. Cela devrait être transposé en Belgique et aux Pays-Bas. Dans notre pays, j’ai l’impression qu’il faut du temps pour que ça change.

Le problème dans l’escalade est la culture du ‘gratuit’ qui y règne et l’amateurisme. Trop souvent règne la mentalité du groupe de ‘gentils garçons’.

Media

En tant que journaliste l’avis de Micha sur le rôle des media dans l’escalade est plutôt pondéré. On le lui a demandé?

Le problème dans l’escalade est la culture du ‘gratuit’ qui y règne et l’amateurisme. Trop souvent c’est la mentalité du groupe de ‘gentils garçons’ qui prédomine. Si tu jettes un coup d’oeil aux effets de la crise sur les entreprises du secteur, qu’elles soient fabricants ou salles, tu remarques le faible impact. Il y a donc de la place pour plus de professionalisme. Les media doivent également se poser la question de ce qu’est une actualité. Parfois c’est comme si on avait duex poids deux mesures en focntions des grimpeurs et grimpeuses … Et, pas moins important, qu’ils arrêtent de copier ou utiliser les photos à leurs propres fins. Il ne s’agit pas uniquement de rémunération mais surtout d’exactitude. En cas de doute tu prends ton téléphone et tu enquêtes. Les actualités en escalade sont des actualités en soi. Elles méritent d’être correctes.

Et qu’en est-il des réseaux sociaux? Est-ce le médium du futur?

Je n’ai pas d’avis à propos de Twitter car je ne l’utilise. Pour ce qui est de Facebook, diverses entreprises demandent que tu aies ou te crées un profil. D’autres te donnent les accès pour alimenter leur page avec du contenu. Une de mes connaissances sponsorisées a même reçu avec d’autres collègues une formation d’utilisation à Facebook donnée par un consultant en communication. Les media sociaux aident et sont pratiques dans leur utilisation comme media de transition. Tu touches un nombre important de contacts d’une manière qui se veut libre. Pour ma part, son impact est surestimé.

Le roadtrip

L’Espagne, quels sont les plans?

J’ai trouvé mon créneau dans l’escalade. Des voies inspirantes qui demandent plus de temps si nécessaire. C’est pourquoi nous commençons par un mois à Margalef (même si ce massif ne me convient pas à 100%) où je vais essayer un paquet de voies jusqu’au 8a. Je vais essayer ainsi de constituer une bonne base et ensuite, tenter de limiter le burn out pendant les neuf mois restants. Dans le passé, chaque succès était suivi d’un dur moment à gérer.

Quels massifs sont au programme?

J’ai toujours bien grimpé à Siurana et ce massif me va bien. Céüse, c’était en 2006, Oliana, … L’objectif est d’arriver vraiment au point à Siurana en fin de séjour. J’espère y essayer quelques projets que j’ai examiné par le passé. Jusqu’à aujourd’hui j’arrivais à Siurana après une période d’effort intense et donc pas en forme. En été, à côté de Céüse, on est un peu lié à Rodellar mais en tant que massif de grimpeur de salle, ce n’est pas vraiment mon fort. On y passera certainement. Le but principal du séjour est de se faire plaisir et de rester “cool” mentalement.

Indoor ou outdoor

Pour finir, on se demandait ce qu'un grimpeur de falaise comme toi pensait de l'escalade de compétition.

J’éprouve beaucoup de respect pour les grimpeurs de compétition. Ce qu’ils sont en mesure de faire à certains moments de forme est vraiment impressionnant. Pour le concept… ça pourrait être plus palpitant. On regarde bien le vidéo en direct mais c’est principalement pour les personnes qu’on connaît. Quant aux autres... Jain Kim et Mina Markovic par exemple, on les regarde parce qu’elles ont un style inspirant, mais on ne regarde pas les autres parce que c’est ennuyeux.
Peut-être le style d’ouverture doit-il évoluer, avec des mouvements exotiques. Dans le passé tout était statique. Aujourd’hui on voit plus d’explosivité dans les voies. Peut-être l’influence américaine?

J’ai beaucoup de respect pour les gars de City Lizard. Leur façon de s’entraîner. Si seulement je pouvais avoir le mental pour... Donnez-moi un demi-litre de bière et on verra!
Mon plus grand handicap est que je n’ai pas de volonté pour m’entraîner en salle. Pour devenir fort, il faut s’entraîner en indoor, je le sais d’expérience. Ensuite the sky is the limit. L’entraînement, ça marche! Naprès une période d’entraînement, tout le monde réalise des choses auxquelles il rêvait avant. Johanna et d’autres, qui s’entraînent comme des bêtes et en prennent du plaisir. En tant que falaisiste, j’ai un respect énorme pour ces gens. Je serai le premier à les supporter avec une banderole. Je les trouve fantastique.

Tijl

Partenaires: Revolution, Monkee Clothing, Rab, La Sportiva, Beal

Le site de Micha Vanhoudt


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