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Muriel Sarkany

Interview avec une championne

13 mai 2003, 

On ne nous la présente plus. Elle nous vient de Bruxelles et vit à fond l?escalade depuis maintenant bien longtemps. Pour elle, la grimpe s?est rapidement transformée d?un passe-temps provisoire en véritable passion. Résultat, elle est parvenue en quelques années à rapporter à la maison quelques-uns des plus beaux trophées du circuit des compétitions. D?aucuns diront qu?elle est même la sportive la plus titrée de Belgique!

Au repos dans Monalisa Klaxon - FreyrCette personne, c?est Muriel Sarkany.

Rencontrée un soir de mars à Freyr, elle nous a confié certaines de ses aspirations tout en nous transmettant le sentiment d?une motivation sans faille et hors de toute atteinte.

Il faut dire que Muriel en a vécu? Ce que beaucoup de gens ignorent, c?est que notre championne en est ressortie grandie mentalement. Aujourd?hui, Muriel Sarkany est devenue une athlète au sommet de son art tant dans la pratique quotidienne de sa passion que dans son cheminement parmi les nombreux écueils de la vie.

Professionnelle depuis la sortie de ses études secondaires, Muriel s?est inscrite dans la lignée des championnes et champions moins connus que compte notre pays. Exerçant dans une discipline peu médiatisée, Muriel a conquis 4 titres de vainqueur de la Coupe du Monde d?escalade de difficulté, ainsi que de nombreuses victoires dans les plus grands Masters et Opens de la planète grimpe.

Heureux hasard, Muriel Sarkany est devenue par la force des choses la formidable ambassadrice que l?on connaît. En deux mots, un exemple pour ses compatriotes et pour tous les grimpeurs dans l?âme. Interview?

Les débuts

Echauffement à LeuvenBCN: Muriel, il y a un début à toutes les grandes histoires, quel a été le tien?
Muriel: Mes débuts ont été plutôt hésitants. Toute une histoire en réalité? Après quelques expériences plus ou moins avortées dans d?autres sports comme le karaté (j?étais trop jeune?) et la gymnastique (trop vieille), je fus un jour intriguée par un sac à magnésie qu?avait apporté un de mes professeurs de gym. De là le lien avec l?escalade et des débuts qui n?ont fait que confirmer mon attrait pour ce sport. Je me rappelle, je grimpais carrément tous les jours!
D?un autre côté, l?aspect compétition me manquait également dans ces autres disciplines du fait de mon âge. J?ai pu le retrouver dans l?escalade.

BCN: Est-ce que tu as été influencée par un grimpeur ou une grimpeuse en particulier?
Muriel: Pas vraiment. Pour certains cela a dû certainement être le cas. Pour ma part, les influences ne sont venues que plus tard par l?intermédiaire d?un séjour de Robyn Erbesfield chez moi à Bruxelles et d?un stage réalisée dans son village, à Saint Antonin Noble Val (France). Cette rencontre m?a permis de comprendre toute l?importance d?un entraînement de qualité et cela m?a motivé encore plus.

BCN: Quelle attitude as-tu adoptée à la fin de tes études secondaires?
Muriel: A la fin de mes humanités, je me suis fixée un an pour réaliser de bons résultats. J?avais effectivement obtenu une sixième place lors d?une étape de Coupe du Monde et je pensais que je pouvais encore faire mieux. Par contre, cela n?a pas été rose tous les jours. Avec le recul, pas facile de commencer une carrière de compétitrice de haut niveau en Belgique. Heureusement quelques primes et mes premiers contrats de sponsoring m?ont permis de joindre les deux bouts et de continuer après cette année test.

Les objectifs

Sur petites prises dans Acide LactiqueBCN: Tu as un parcours plutôt riche en succès. Après avoir remporté la Coupe du Monde à quatre reprises, on peut se demander s?il te reste des objectifs en escalade. C?est le cas?
Muriel: Oui bien sûr. Mon objectif de l?année est naturellement le Championnat du Monde à Chamonix en juillet. Une épreuve que je ne suis jamais parvenue à remporter. Je ne me mets toutefois pas la pression. Ce fut le cas il y a deux ans et voyez ce que cela a donné. Cette fois-ci, advienne que pourra?

A côté de cela, les performances en rocher m?inspirent de plus en plus, mais difficile d?allier compétition et falaise. Ce sont deux choses qu?il faut aborder différemment. Deux mondes à part finalement.
Idem pour la montagne. Je la laisse également de côté. Là aussi c?est un domaine totalement étranger à ce que je fais pour le moment. Peut-être plus tard.

BCN: Et l?après-escalade ?
Muriel: J?y pense déjà. J?aimerais lancer ma propre affaire, mais c?est une toute autre histoire, les idées naissent mais la concrétisation sera pour plus tard.

La Belgique et l'escalade (le sport) en général

BCN: Muriel, tu as acquis depuis peu un statut d?ACS (Agent Contractuel Subventionné). T?apporte-t-il des avantages?
Muriel: Naturellement! Hormis le fait que je suis depuis peu rémunérée, ce statut m?apporte un sérieux plus en tant que sportive de haut niveau. Plus besoin de me tracasser de mon insécurité fiscale et sociale. Et c?est un faible mot en Belgique? Ce problème est dorénavant résolu.
Le statut d?ACS est d?ailleurs octroyé à une série de sportifs wallons. A ma connaissance, trois escrimeurs en bénéficient également. Il devrait par contre être donné au préalable afin d?encourager les potentiels en devenir. Des grimpeurs comme Nicolas Favresse ou Chloé Graftiaux devraient pouvoir en bénéficier. Quand j?ai commencé l?escalade, j?ai dû prendre un pari tout à fait hypothétique sur mes résultats futurs. Le statut d?ACS permet de mettre fin à ce genre de pari, fini le risque.

Ici à Kranj - Photo Tomas Kosir

BCN: Finalement, est-ce que la Belgique est un bon pays pour vivre une carrière de sportif de haut niveau?
Muriel: Je répondrais franchement non. De nombreuses disciplines recèlent de vrais talents, mais on les ignore souvent et par manque d?aide, ceux-ci finissent par abandonner. Dans les petits sports, on ne doit sa réussite qu?à soi-même. Tout est question de motivation et de travail. Au niveau de l?escalade il existe un déficit énorme au niveau de la promotion vis-à-vis de l?extérieur. Les fédérations ne s?occupent que des affaires courantes et pas de la publicité à destination du grand public. Des professionnels de la communication devraient prendre en charge cet aspect-là. A chacun son métier pour le bien de tous.

Dans l'approche de Monalisa KlaxonBCN: Des idées pour améliorer cet état de fait?
Muriel: Pour tout dire, les initiatives privées sont déjà un bon point de départ. A côté de cela, il faut cependant des projets d?ampleur régionale et nationale comme l?ouverture d?une grande école pour sportifs de haut niveau en Communauté française par exemple. Une telle structure offrirait des avantages à bien des niveaux.

BCN: Que t?inspire une récompense comme le trophée du mérite sportif de la communauté française?
Muriel: Franchement dit, j?ai été heureusement surprise d?apprendre que j?allais le recevoir ! Ce fut une vraie reconnaissance de mon travail. J?en suis d?autant plus satisfaite.
Cela ne veut pas dire pour autant que l?escalade va exploser médiatiquement dans les années qui viennent. Le chemin est encore long.

Le futur

BCN: L?escalade olympique?
Muriel: Cela ne risque pas d?arriver demain? Je sais qu?elle va être inclue dans le programme des Jeux Mondiaux de Duisbourg en 2005, mais de là à devenir un sport olympique il y a un grand pas à franchir.
Personnellement je ne pense pas que c?est l?olympisme qui va permettre d?améliorer la situation actuelle. Comme pour les compétitions et les initiatives belges, ce qui peut faire changer les choses c?est d?abord beaucoup de professionnalisme et pas uniquement de la bonne volonté.

BCN: Tes performances et ta notoriété profitent aujourd?hui à l?escalade belge. Est-ce que ton rôle d?ambassadrice te plaît?
Muriel: Je ne pense pas du tout à cela? D?ailleurs mes rapports avec la presse ont fort évolué avec le temps. Au début de ma carrière j?étais vraiment obnubilée par la vision que les médias avaient de moi. Maintenant j?y apporte une moins grande attention. Je me concentre d?abord sur mon travail ce qui ne signifie pas pour autant que la « politique » n?ait pas son importance.
Rudi Demotte, Ministre de la Jeunesse et des Sports de la Communauté française, a consacré récemment un colloque ayant pour thème la femme et le sport. Invitée comme intervenante, j?ai eu la possibilité d?y parler de l?escalade, de faire des émules. Cela vaut pour toutes les manifestations auxquelles je participe. Tout ce que j?espère, c?est que cela portera ses fruits un jour.

Les partenaires

En pleine effort à Braine-l'alleudBCN: On ne peut pas dire que tu as énormément de sponsors. La qualité plus importante que la quantité?
Muriel: Oui. Je peux dire que j?entretiens une relation de confiance avec mes sponsors (La Sportiva, Carnitine Plus, Cabinet d?avocats Landwell). Je ne compte pas les mois mais les années? A mon sens, la relation doit être véritablement bénéfique pour chacune des parties tant pour le partenaire dont l?image est représentée que pour l?athlète qui travaille au mieux pour réaliser ses objectifs. Avoir une telle vision de réciprocité ne peut être que positive pour moi mais aussi pour les personnes qui suivent. Je le fais également pour le futur.

Questions éclairs

Hobbies: la lecture, le cinéma, les jeux vidéo et les puzzles
Autres sports: le golf, le footing, ?
Musique: un peu de tout mais spécialement Texas et Mylène Farmer
Littérature: les ouvrages sur le yoga et les mangas
Cinéma: Pas de thèmes bien précis mais j?y vais au moins une fois toutes les deux semaines, parfois même chaque semaine
Pour: le respect de chacun(e), la tolérance, le dialogue, l?égalité femme-homme
Contre: la haine, l?hypocrisie, les misogynes, le pessimisme.

Interview réalisé par Hubert Canart


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