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Peru por favor

Escalade sur la Cordillera Blanca

22 décembre 2006, 

Comme il est de coutume la Vlaamse Bergsport en speleofederatie a organisé cette année un stage de haute montagne pour quelques-uns de ses membres. Cette fois-ci le projet récurrent a pris la forme d'une expédition sur les sommets andins d'Huascaran au Nord du Pérou. C'est dans ce secteur que Joe Simpson a survécu ?over the rand? et qu'il a trouvé l'inspiration pour son livre retranscrit récemment sur la toile. Début août, douze grimpeurs répondirent au copieux menu que leur avaient concocté Jos Vanmarsenille et Robert Wynants.

Couleurs locales

La société organisatrice Summit Peru doute des capacités du groupe à boucler le programme.Après deux jours de voyage nous atterrissons à Caraz. Le patron de l'hôtel Caraz Dulzura s'empresse de faire couler la boisson nationale pisco dès l'instant où il apprend que nous faisons partie d'une grande fédération d'escalade. Un peu plus tard il se fait de nouveau entendre: c'est l'anniversaire de Simon, il nous offre un gâteau digne des plus belles fiestas. Son restaurant est un des points de passage obligés de la ville.

La société organisatrice Summit Peru qui doit nous chapeauter pendant les deux semaines de notre séjour doute des capacités du groupe à boucler le programme. Ils veulent nous tester sur le chemin de rando laguna soixante neuf. Ce petit numéro jusqu'à 4600 nous réussit à merveille et c'est ainsi que peut commencer notre vrai trekking autour de l'Alpamayo. Ce petit test nous oblige néanmoins à récupérer un jour sur la ballade et c'est finalement en 7 jours que nous devrons boucler le tour. Quelques belles étapes de montagne jalonnent notre trekking au Pérou comme le Punta Union et le Laguna Cullicocha à hauteur de Mont Blanc. Le fait de ne descendre que très rarement en dessous des 4000 mètres augmente le taux de globules rouges dans notre sang, ce qui va s'avérer bénéfique par la suite.

Punta Union

Summit Peru nous est d'un grand secours. L'organisation nous a en effet déniché un cuistot trois étoiles Michelin. Chaque soir nous avons droit à un véritable régal dans la tente dortoir. Hélas les aléas de la cuisine locale font quelques victimes parmi nous. Heureusement un cheval nous prouve à ce moment toutes ses qualités comme taxi d'appoint. La randonnée autour de l'Alpamayo offre une belle tranche de couleurs locales: dans un environnement aride le peuple Quechua tente de survivre grâce à l'agriculture et l'élevage. Avec une charrue à bois ils essaient de fendre le sol caillouteux. Les ruines Incas en terrasse à proximité de Ruinapampa font même penser au travail prodigieux fourni pour ériger le Machu Picchu situé dans le Sud-Est du Pérou.

Pendant notre journée de repos à Caraz nous apprêtons nos sacs à dos car ce sont maintenant les plus hauts sommets de la Cordillera Blanca qui nous attendent. Notre camp de base situé à 4300 mètres offre une vue fantastique sur le sommet enneigé du Tocllaraju (6032 mètres). Cependant nos aspirations tendent tout d'abord vers le Ishinca, plus petit de 500 mètres. Départ à 2h du matin par la traversée du glacier. Chacun se rend compte de la chance qu'il a quand le soleil apparaît après une nuit à slalomer entre les rochers. Il illumine toute la région et nous profitons d'un petit-déjeuner pour bénir la vue et notre projet du surlendemain: le Tocllaraju.

Certains membres de l'expé inscrivent un premier 6000 mètres à leur palmarès.Pour raccourcir notre ascension sur le Tocllaraju, nous installons notre camp de base aussi haut que possible sur le glacier. L'endroit que nous trouvons se situe à 5400 mètres et offre à nouveau une vue à 360 degrés sur la région. Après un dernier spaghetti nous nous coulons dans nos sacs à dos afin de nous réveiller aux petites heures et débouler vers le sommet crampons aux pieds. A la première grosse difficulté, nous nous retrouvons malencontreusement dans? la file. Une équipe espagnole crapahute bon an mal an et nous fait perdre plusieurs heures sur notre programme. Lors de certains passages nous sommes même aux premières loges pour assister à leurs ébats et subir leur arrogance. C'est donc avec un peu de retard que nous parvenons au sommet où nous pouvons enfin nous féliciter de la réussite de notre ascension. Certains membres de l'expé inscrivent ainsi un premier 6000 mètres à leur palmarès. Une descente en toute sécurité vient couronner ce sommet réussi. Une fois arrivés au camp d'altitude où nous voulons débaler les sacs et récupérer les tentes, l'énergie nous manque cruellement. Une tasse de thé au coca plus tard, nous rassemblons ce qui nous reste de forces et démontons les tentes pour ensuite redescendre vers le camp de base beaucoup plus confortable. Après 16 heures d'effort continu, nous nous retrouvons tous ensemble dans la tente dortoir où le talent de notre chef coq nous fait rapidement oublier le dur labeur accumulé pendant la journée.

La demi-journée de repos à Huaraz arrive à point nommé en vue d'organiser notre dernière ascension. Nous ne pourrons compter que sur nous-mêmes lors de la future tentative du Chopicalqui (6354 mètres). Pas de menus trois services dans la tente dortoir. Tout au plus notre petite popotte. Pour limiter le poids de nos sacs à dos, nous engageons quatre porteurs qui acheminent nos tentes au camp du glacier situé à 5600 mètres.

La première étape nous amène au camp de moraine vers les 4900 mètres. Sur le chemin, Dame Nature nous dévoile ses plus beaux atours. L'hiver péruvien des mois de juillet et août est essentiellement sec, ce dont profitent la faune et la flore. Nous apercevons même des colibris en pleine chasse au nectar.

Chopicalqui via l'arête Sud-Ouest

Au camp du glacier les brûlots MSR font leur travail: faire fondre de la neige afin de disposer de suffisamment d'eau. Pendant ce temps nous scrutons la météo. Des cirrus nous indiquent un changement éminent de conditions météo et c'est avec joie que nous découvrons les étoiles dans le ciel au moment où nous quittons le camp vers minuit. Notre attention n'en est pas moins relâchée. Elle se porte immédiatement sur l'état du glacier. Des cailloux dévalent sur nous. Conséquence: casque de rigueur et prudence redoublée. Le parallélisme avec la situation des Alpes est vite fait: les glaciers fondent à grande vitesse. Si la situation perdure, la Cordillera Blanca devrait bientôt devenir aussi noire que la Cordillera Negra à l'opposée de la vallée.

Nous sommes hélas confrontés à d'autres groupes de grimpeurs, des Français cette fois-ci. Ils nous dépassent dans le passage le plus délicat du glacier. Nous ne leur en tenons toutefois pas rigueur et terminons notre ascension vers la cime en trois cordées distinctes. Au sommet mais aussi lors de la désescalade, le Chopicalqui nous propose ce qu'il a de plus magnifique: un challenge en PD+/AD- comprenant des pénitents de la taille d'une maison, des crevasses sans fond et une vue sublime sur le Huascaran Sur et Norte. Nous optons à nouveau pour l'effort de longue durée: une fois l'ascension terminée, nous redescendons jusqu'au camp de base pour conclure une boucle de 16 heures. Merci aux vaches qui nous ont accueilli à notre retour dans le vrai monde...

Huaraz se profile comme la Chamonix des Andes péruviennes. Une ville grouillante disposant d'un marché coloré, d'un bureau de guides ainsi que d'une offre plétorique de trekking en tous genres. Impossible de ne pas trouver son bonheur là-bas.

Notre stage n'aurait pas toutefois pas été aussi réussi sans l'excellent accompagnement de Jos et Robert! Un film de notre séjour sera également disponible au début de l'hiver.

Paul Van Aelst

 


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