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44 heures sur le toit de l?Europe

7 septembre 2004, 

L'escalierCertains d?entre vous ont déjà eu l?occasion de le vivre : stationner une journée ou plus dans l?un ou l?autre refuge alpin pour cause de mauvais temps. Eh bien, ça nous est aussi arrivé (quatre Flamands et un guide italien) la première semaine de juillet.

Après avoir visité le Castor et le Naso del Liskamm par temps moyen, nous nous étions préparés pour ce qui devait être notre plus belle journée : de la Capanna Gnifetti à 3611m via le Corna Nero, Ludwigshöhe et Parrotspitze vers le refuge Regina Margherita au dessus du Punta Gnifetti.

Magnifique sur papier, la ballade nous parut tout de suite moins sympathique à écouter notre guide au petit déj. Un regard vers l?extérieur nous le confirma. A 100 mètres au dessus du refuge s?étalait sous nos yeux une énorme masse de nuages. Nous étions prévenus.

Malgré les circonstances, la sortie vers le Refuge Margherita se profila aux alentours de 6h30. Le moins que l?on pouvait faire selon notre guide. Impossible n?est pas français, nous pourrions toujours rebrousser chemin si la météo faisait des siennes. Après moins d?une demi-heure, le constat fut amer, la neige et le vent firent leur apparition si bien que toutes les cordées qui étaient parties avant la nôtre rebroussèrent chemin vers le refuge.

Deux fous dans une tempete de neigeBon gré mal gré, GPS en poche, le Colle del Lys fut atteint après moultes efforts. Notre guide nous arrêta pour nous imposer un choix : soit redescendre au premier refuge soit continuer vers le Refuge Margherita. Malgré la peine, la décision fut rapide : nous options pour les hauteurs de l?Europe. Conséquence (presque) prévisible : deux heures supplémentaires à faire la trace dans la neige toute fraîche et à résister à une mini-tempête qui nous lacérait le visage. Nous arrivâmes à hauteur de deux Hollandais qui par défaut de GPS nous suivirent tant bien que mal. A une demi-heure de marche du refuge nous fûmes confrontés au premier obstacle de glace. Avec des crampons, pas de problèmes. Sans (nos Hollandais ne les avaient pas aux pieds), plus compliqué. Sans nous demander d?attendre pendant qu?ils le chaussaient nous avançâmes et les perdîmes de vue. Pas le temps de se poser des questions, la voie vers le Refuge Margherita était tracée.

A l?arrivée au refuge, imaginez la scène. Quelle ne fut par la surprise du patron de voir débouler chez lui une cordée qui avait passé les 5 dernières heures dans une tempête de neige.

Broulus, le mascotte surgéléLe guide nous remit rapidement les pieds sur terre. Il informa le gérant qu?une cordée hollandaise nous suivait, sans GPS... Une demi-heure plus tard, avant même de redescendre à leur recherche, les deux gais lurons faisaient leur apparition sur le seuil de la porte. A en croire leur histoire, deux minuscules éclaircies leur avaient permis de distinguer un bref instant le Col Gnifetti et le refuge. Tout le monde était rassuré. Avec un temps pareil, un accident est si vite arrivé?

Après avoir enlevé toute la neige de nos sacs à dos, après un séchage éclair, le patron nous invita à déguster des lasagnes suprêmement délicieuses. Un véritable cadeau du ciel après une journée pareille. Un petit somme était de rigueur. Sur le conseil du guide la fenêtre fut entrouverte tant et si bien que le somme se prolonga quelques heures, non pas parce que nous étions épuisés mais bien à cause du froid. A notre réveil, l?ouverture s?était élargie et la neige avait pris ses quartiers dans la chambre. Nous passâmes le reste de la journée à parler, à ressasser les événements du jour, notre folie d?être sorti par un temps pareil et même à passer quelques coups de fil à la maison.

Notre première nuit au refuge nous permit de définitivement mettre fin au mythe qui voudrait qu?il est impossible de dormir en refuge sur le toit de l?Europe. Elle ne fut pas passée d?une traite mais tout de même?

Le Guide Qui FumeQuand nous essayâmes d?ouvrir la fenêtre le lendemain matin, elle était complètement gelée. Impossible de descendre sur Zermatt. Et à 10h passée, nous fûmes obligés de prolonger notre séjour en ces lieux d?une journée.

Lassitude quand tu nous tiens. Elle vous gagne rapidement dans ces circonstances. Heureusement les solutions ne manquent pas pour faire passer le temps. Cette fois-ci elles prirent la forme d?un jeu de cartes bienheureux.
Une dissension apparût cependant au sein de notre groupe: dormir ou pas. Vers 15h nous jetâmes notre dévolu sur une canette de bière. Faute de mieux, c?est une bière italienne que nous embrassâmes, chère de surcroît ! J?imagine que c?est ce qui nous plût vraiment.

Petite pause, à la fin de notre dégustation, le boss nous invita à passer au deuxième étage où des tests de taux d?oxygène étaient réalisés sur une vingtaine de volontaires italiens. Autant dire que nous n?avons pas laissé passer notre chance. On nous raconta que quelques jours plus tôt un lapin de laboratoire avait dû être rapatrié d?urgence en hélicoptère à 2h du matin. La raison : 36% d?oxygène dans le sang.
Quand les docteurs italiens analysèrent le nôtre, ils furent satisfaits. ?Seulement? 75% est déjà bien ici, alors qu?en Belgique, il devrait avoisiner les 100%. Quand le patron du refuge se laissa analyser, nous restâmes perplexes : 89%.

Petits délires en fin d?après-midi, après avoir roulé une sigarette à l?intérieur notre guide italien fut obligé de quitter le refuge pour la fumer. Imaginez la scène...

Après la tempêteQue signaler d?autres si ce n?est que nos deux comparses hollandais (Dick et Wim, est-ce qu?il y a plus hollandais?) auraient dû descendre sur Zermatt aujourd?hui pour prendre leur train, rentrer au pays, rejoindre femme et enfants et repartir immédiatement en vacances avec. Comment expliquer à sa femme qu?elle devra patienter un jour de plus avant de partir en vacances, tout cela à cause d?une tempête de neige ? Là aussi nous partîmes d?un grand fou rire.

Le soir-même les prévisions météo nous rassurèrent : éclaircies au programme, cela se sentait d?ailleurs déjà. Mauvaise nouvelle également: depuis la nuit passé six Français manquaient à l?appel au Castor. Partis à 17h pendant que la tempête faisait rage, seuls deux d?entre eux survécurent malgré deux tentatives de sauvetage. Bien que les causes de l?accident ne soient pas connues, nous savions tous quelles pouvaient en être les causes : éclair sur l?arête, chute à partir de l?arête, chute à la descente, ?

Après quelques éclairs dans la nuit, un regard rapide à l?extérieur nous apprit que notre séjour dans le refuge arrivait à son terme. Nous étions au dessus des nuages. A 6h nous aperçûmes pour la première fois le Dufourspitze, Nordend, le Matterhorn et beaucoup d?autres. Après un succulent petit-déjeuner (de loin le meilleur de tous les refuges italiens aux alentours du Mont Rose), nous levâmes les voiles à 7h.

Maintenant que le temps le permettait et que nous étions (enfin) acclim

Vue sur le refuge depuis le Zumsteinspitze

atés, nous accrochâmes rapidement le Zumsteinspitze et le Parrotspitze à notre palmarès. Le couronnement de notre ballade.

Bergheil

Lieven

Photos: Lieven Vlassenroot & Wim Michiel

Traduction: Hubert Canart


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