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Siebe Vanhee

Ses prestations, ses blessures, ses projets d'avenir

8 octobre 2007, 

Siebe Vanhee est un nom qu'on a assez souvent vu émerger des résultats de compétition jeunes ces dernières années. De plus en plus néanmoins on le retrouve dans les dernières réalisations de notre page falaise. Connu au début pour être le petit avec son Bob, Siebe est entre-temps devenu un grimpeur capable du meilleur dont la dépendance à l'escalade est chaque jour plus aiguisée. Il était temps de passer un moment avec lui.

Championnat de Belgique 2005 - Photo: Hubert CanartBCN : Quand, comment et pourquoi as-tu débuté l'escalade?

Siebe : J'ai commencé à 8 ans lors d'un stage de sport avec la salle Hungaria. Ensuite j'ai suivi un maximum de stages pendant deux ans. Déjà jeune je grimpais un peu sur tout et n'importe quoi et lorsque j'ai appris à grimper je n'ai plus su m'arrêter. C'était la seule chose que je voulais faire. Ces camps sportifs n'étaient pas des activités accessoires. Je voulais simplement grimper un maximum en salle.

BCN : En 2002 tu as participé pour la première fois à l'OVJK (Championnat jeunes de Flandres). Depuis lors, la compétition a toujours une part importante dans ton programme. Qu'est-ce qu'elle représente pour toi?

Siebe : A l'époque la compétition avait beaucoup d'importance à mes yeux. Je grimpais pour bien me classer. Je n'avais jamais grimpé en falaise. La compétition a toujours représenté un aspect complémentaire à l'escalade dans lequel je pouvais m'investir à fond. Suite à ma blessure fin 2006 ma sélection pour l'international ne fut pas retenue. Ce qui fut assez dur à vivre. J'ai trouvé cela très amer. Aujourd'hui j'y accorde moins d'importance puisque j'ai su trouver la tangente dans l'escalade en falaise. Le contact avec les mouvements naturels du rocher et les grimpeurs est ce que je trouve le plus gratifiant. Bon ou moins bon grimpeur, nous choisissons tous la même chose. Nous savons tous pourquoi nous grimpons! La compétition, je l'aborde aujourd'hui comme une opportunité pour apprendre. La gestion du stress, l'aspect mental sont ce que je pense être les éléments les plus impressionnants. Les énigmes affluent tous les jours?
Mais je pense que c'est un brin plus agréable que la compétition.

BAK - Photo: Martijn Sermeus BCN : Quelle a été ta meilleure compétition jusqu'à aujourd'hui?

Siebe : En fait, il y en a deux. L'OVJK 2005 fut la plus belle à cause de ma victoire contre quelques-uns des meilleurs grimpeurs belges et étrangers. Un mois plus tard je gagnais le Championnat de Belgique en sortant à vue le 7b de super-finale. Pour tout dire, je grimpais alors comme je grimpe aujourd'hui en rocher.

BCN : Et comment as-tu abordé le circuit européen de compétition?

Siebe : Pas très bien à vrai dire. J'étais toujours en présence de forts concurrents. C'était si gigantesque et je ressentais à chaque fois une certaine crainte de l'échec. La concurrence n'était pas en soi meilleure mais je la considérais comme tel et cela eut des effets négatives. Au niveau de la confiance, l'année 2007 plutôt orientée escalade en falaise, m'a été d'une grande aide.

BCN : En août 2006 tu as contracté une blessure a priori inguérissable. Qu'est-ce qui s'est passé et quelles en ont été les conséquences?

Siebe : En réalité, août 2006 a commencé magnifiquement. Je venais de passer de superbes vacances à Targasonne. Mon année s'annonçait splendide; j'avais grimpé plusieurs 7c en falaise et je me sentais plutôt bien. Cela s'était aussi démontré dans le premier, et seul, 7b bloc que j'ai réussi jusqu'ici. Néanmoins pendant toutes ces séances j'ai aussi remarqué une vive douleur dans le doigt. Cela allait encore plus ou moins et j'ai pu continuer à grimper. Malheureusement, une fois arrivé en Belgique, tout s'est emballé.
Le retour vers les salles d'escalade a été tout sauf réussi. Je me suis reposé 5 jours mais une fois que j'ai recommencé à grimper j'ai senti d'énormes douleurs. Après 5 nouveaux jours de repos j'ai dû descendre d'un 7a à Klimax pour cause de douleurs affreuses. Une souffrance vive et intense. Mais je devais m'entraîner pour le Championnat du Monde?
Finalement, sur le tard, nous avons décidé d'aller consulter un médecin le soir-même qui nous renvoya à l'hôpital. La chance que je ne puisse plus grimper pendant une année ou deux était réelle.

BCN : Tu as pourtant fait le déplacement au Championnat du Monde Jeune. Y avait-il un risque?

Siebe : A quelques mois de distance, il y avait peut-être un très grand risque. Le diagnostic: fracture du disque du cartillage de mon majeur gauche. Le point positif, du moins c'est qu'ils disaient à l'hôpital, était que la fracture n'était pas déplaçable. Un spécialiste m'a garanti que le Championnat du Monde en soi n'aggraverait pas mon cas. J'y suis donc allé. Finalement ce fut la conclusion idéale d'une année d'escalade fantastique. L'ambiance était sublime. A Targassone j'avais surmonté ma peur afin de parler Anglais et j'ai pu en profiter lors du Championnat. J'en suis revenu avec une seule idée en tête: mettre ce plâtre dans les plus brefs délais afin de commencer la rééducation au plus vite.

BCN : On imagine que la suite a été difficile. Comment as-tu vécu cette période?

Siebe : Après le Championnat du Monde ont suivi 6 semaines de plâtre mais après une semaine, j'étais déjà occupé au fitness et j'ai commencé le décompte pour accéder aux bassins de natation. Les deux étaient au programme, pas vraiment pour entraîner les muscles mais plutôt pour entretenir l'ensemble. Lorsque j'ai pu abandonner le plâtre j'étais au point. Natation deux fois par semaine, fitness deux fois par semaine. J'étais tellement motivé que je me suis senti harrassé à un certain moment. C'est là que j'ai pu faire le pont avec la salle d'escalade. J'ai maintenu le même rythme au niveau fitness et natation mais j'y ai rajouté une séance d'escalade par semaine. Au début c'était assez frustrant. Je devais rester dans le cinq. Après quelques temps, j'ai pu me lancer dans du 6a mais avec chaque fois une arrière-pensée en tête: mon doigt. Mon attention restait focalisée dessus. Avais-je mal? Est-ce que la douleur était moins forte ou plus forte? Est-ce que cette prise n'était pas trop agressive? Est-ce que je tire un niveau plus haut? Comme je me sens? Dois-je encore attendre? En réalité, j'avais plus peur de me reblesser que de prendre du plaisir à l'escalade. J'en profitais un peu mais?
Avec du recul je peux dire que le fitness et la natation m'ont fait vraiment du bien. Maintenant je vais encore régulièrement à la piscine ce qui m'octroie une bonne condition de base. Vu que je ne suis pas resté inactif pendant ma période de repos en faisant régulièrement du sport, j'ai réussi à récupérer mon niveau relativement vite. Le plus fou de tout est la quantité d'enseignements que j'ai pu tirer de ma blessure: écouter son corps, les autres sports sont une bonne base, la prestation est relative, profiter simplement d'être en falaise, ...

God S(h)ave the Queen - Photo: Vincent SchampaertBCN : A propos de falaise, pendant les vacances de Pâques (7 mois après le diagnostic), tu as enchaîné ton premier 8a en falaise dans le Sud de la France à Buis-les-Baronnies. La liste s'est sérieusement allongée depuis lors. Peut-on parler d'une dépendance à la falaise?

Siebe : Aujourd'hui sûrement. A l'époque des vacances de Pâques, je grimpais minimum une fois par semaine en falaise et souvent bien plus. L'ensemble du mois de juillet s'est passé sur rocher: Freyr, les Vosges et Rodellar. J'étais à peine rentré à la maison que je pensais déjà au moyen de me rendre à Céüse et Berdorf. Ce qui fut réellement prenant fut mon retour à Freyr après deux semaines passées à Rodellar. En fait j'avais un peu peur de moins bien grimper maintenant.

BCN : Pendant combien de temps peux-tu te passer de rocher?

Siebe : Deux mois, ça devrait être possible? bien que? grimper en salle aussi longtemps. Non, peut-être que deux mois seraient un peu trop long. D'un autre côté cela va peut-être changer dès que je recommencerai les compétitions. 

BCN : Au regard de tes résultats de compétition 2007 on constate que tu as fait quelques essais prudents pour te réinsérer dans le circuit de façon plutôt saine. Comment ça s'est passé et quelles sont les perspectives?

Siebe : Les quelques compétitions auxquelles j'ai participé cette année ne sont pas très représentatives de ce qui est prévu. En septembre Goldfinger est au programme (ndlr: la Coupe du Monde de Puurs). Avant cela je vais participer à deux compétitions aux Pays-Bas comme préparation. En fait, on peut considérer Goldfinger comme une préparation au Championnat de Belgique. Et s'il faut donner une vue d'ensemble, je pense que tout est fait pour que je puisse participer aux compétitions européennes en 2008.

BCN : Quels sont tes projets pour 2008?

Siebe : J'ai encore plus envie de grimper en falaise maintenant que j'ai été mordu par le virus du rocher. Faire un premier 8b me trotte dans la tête, mais peut-être est-ce un peu trop tôt. Si je regarde mes objectifs en falaise je pense que je pourrai en réussir un ou deux d'ici à la fin 2008. Au niveau européen, j'aimerais aller voir ce qui s'y passe maintenant. Mes expériences passées n'ont pas été ce qu'on peut appeler bonnes. Maintenant que je suis plus fort en falaise, je suis curieux de voir ce que cela donnerait en compétition. C'est clair toutefois que je ne vais pas perdre des yeux la falaise. L'atmosphère qui y règne, la vie en commun avec les autres grimpeurs du monde entier après une journée agréable en falaise sont certaines choses que je ne veux et ne peux plus manquer.

God S(h)ave the Queen - Photo: Vincent Schampaert

BCN : Fin août, une semaine après cette interview, Siebe a sorti N'oubliez jamais, son premier 8b à Orpierre. Il pose ainsi un nouveau jalon dans son évolution en tant que grimpeur de haut niveau et se rapproche encore un peu du top niveau belge. Les nombreux mois de travail exigent leur dû. Le mois de septembre, qui aurait normalement dû être consacré à Goldfinger, s'est transformé en mois de repos. Les batteries doivent être rechargées afin que le futur soit aussi prometteur. Nous ne pouvons que souhaiter à Siebe beaucoup de succès et beaucoup de plaisir!

Les sponsors de Siebe sont Five Ten, Petzl et Beal

Tijl 

 


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