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De retour du Venezuela

De retour du Venezuela

Le CAB-RCT sur le Tepui Amuri

9 avril 2012, 

Sean Villanueva, Nicolas Favresse, Stéphane Hanssens et Jean-Louis Wertz sont de retour à la civilisation après 38 jours passés dans la jungle du Venezuela. Récit.

Nous avons vécu une belle aventure, très différente de toutes les autres expéditions que nous avons réalisées dans le passé. Les conditions météo, la roche, la jungle, les indigènes, les animaux et ce mur incroyable de la chute Tuyuren ont été la base de quelques moments excitants. Au bout de ce voyage nous avons réussi à libérer deux nouvelles voies sur le mur de la cascade, une à gauche "Maria Rosa" et une autre à droite "Apichavai".

Lorsque nous sommes sortis pour la première fois de la jungle à la base du mur, il semblait tellement déversant que la gravité s'est emparé de nous. Nous n'étions pas du tout sûrs de pouvoir grimper ce mur en libre et même, dans le style que nous nous étions fixés. Depuis le sol nous n'avons pas vraiment pu découvrir de passages évidents. Peu de ligne de faiblesse et un mur d'une raideur incroyable... Définitivement le plus raide des murs de cette taille que j'ai pu voir. A notre arrivée, nos amis Mason Earle (US), George Ullrich (UK), Siebe Vanhee, Sam Farnsworth (UK) avaient 10 jours d'avance sur nous et pendaient déjà assez haut sur une ligne évidente au centre du mur. C'était plutôt fun parce que c'était une réelle coincidence. Nos équipes sont bonnes amies et nous avions toutes deux décidé d'aller au même endroit sans savoir que nous avions les mêmes plans!

Maria Rosa 7b 500m, aucune broche, aucun piton

Le côté droit du mur nous semblait quasi impossible. Au milieu, l'autre équipe était occupée dans la ligne principale (qui semblait tout aussi impossible!). Nous avons donc opté pour une voie sur le côté gauche où une ligne attractive nous avait tapé dans l'oeil. Après quelques longueurs nous avons réalisé que l'escalade était complètement différente des ascensions de big wall auxquelles nous étions habitués. C'était raide, très structuré mais surtout avec des prises horizontales qui rendaient la suite difficile à anticiper. Dans la plupart des cas, on s'engageait dans des sections et on espèrait que cela passerait. Traverser a souvent été la solution la plus simple et la plus tentante au lieu de grimper tout droit dans l'inconnu.
L'escalade était raide et aventureuse mais le rocher était tellement structuré que l'escalade, même si fort soutenue, fut plus aisée que prévue. En seulement 4 jours nous avons tracé très haut dans la voie jusqu'à la base d'un toit parfait de 10 mètres avec plus de 400 mètres d'exposition. Nous étions vraiment excités mais malheureusement pour nous un pas de bloc à l'entrée du toit nous a empêché de libérer l'ensemble. Le toit était tellement beau et irréel que nous y sommes restés pendant quelques jours juste pour le fun. Quand nous avons enfin été prêts pour le sommet, nous nous sommes séparés en deux équipes: l'une a contourné le toit pour ouvrir une variante en libre alors que l'autre finissait par notre ligne originale la plus logique. Nous avons monté notre matériel et sommes restés un jour au sommet du tepui pour profiter de la beauté de cet endroit magique. Le lendemain, redescente par le côté gauche par la voie vénézuelienne "Wacupero Amuri" ce qui nous a permis de ne rien laisser dans notre voie. Nous avons baptisé l'itinéraire "Maria Rosa" d'après les cookies locaux (Maria) dans lesquels nous avons eu la surprise de trouver des fraises.
La voie a donc deux sorties. La première 100% en libre qui passe à côté du toit avec 3 longues longueurs en traversant à gauche puis file vers le sommet. La deuxième qui pousse tout droit au dessus du toit avec quelques mouvements d'artif en C1.

Apichavai 8a+ 500m 5 broches

A la descente de Maria Rosa, nous avons fait un rapide détour par Yunek pour ravitailler. C'est là que nous avons rencontré l'autre équipe en train de faire ses bagages pour le départ. Nous les avions vu grimper à côté de nous pendant toute l'ascension mais nous n'avons pas pu communiquer à cause du bruit de la cascade. Ils nous ont motivé à essayer leur voie "Kids with Guns" qu'ils estimaient pouvoir être grimpée en libre. Néanmoins quand nous avons rejoint Amuri, l'aventure nous a poussé à explorer une nouvelle ligne, cette fois-ci sur le côté droit reconnu pour être complètement impossible! Seules les deux premières longueurs que nous avons choisies semblaient plus ou moins évidentes. et pas trop raides. Le reste fut comme un océan de Quartzite déversant. Nous avons tout de suite rencontré des difficultés avec des longueurs compliquées, de la végétation, des protections douteuses et des blocs instables. Lors d'un essai pour libérer la deuxième longueur Sean Villanueva a fait une chute de 40 m sortant 5 protections qui semblaient parfaites hormis un peu de poussière. Heureusement le sol était 20 mètres plus bas et le mur si déversant que Sean n'a touché que de l'air. Néanmoins Jean-Louis qui assurait a subi une sévère brûlure aux mains du fait de la corde. A un moment nous avons douté sur la position à tenir: devait-il rester ou rentrer à la maison pour éviter une sérieuse infection? Après 4 jours ses blessures ont commencé à s'améliorer et il a décidé de nous rejoindre sur le mur mais sans être capable de grimper à nouveau. Cette chute ne fut pas la seule. On a bien compté une vingtaine répartie sur tout le groupe! Dans les longueurs 4, 6 et 7 la voie serpentait à travers la partie la plus déversante du mur et ce furent les longueurs les plus difficiles à enchaîner avec des niveaux jusque 8a+. Dans les 15 longueurs que compte la voie nous n'avons pu en enchaîner que 4 à vue. Les autres étaient très difficiles et demandaient pas mal de nettoyage et d'escalade en artif en vue d'explorer les points à protéger pour le passage en libre. Ce qui fut le plus déconcertant a été notre découverte d'un chemin pour libérer la paroi. Pas mal de sections furent possibles par la présence d'une seule et unique prise. Les 4 derniers jours sur le mur, nous avons pensé à chaque fois pouvoir enchaîner jusqu'au sommet mais nous avons tout le temps été freinés par des sections difficiles plutôt inattendues à nettoyer, travailler et enchaîner. C'était comme si on n'allait jamais atteindre le fin de ce mur. De façon surprenante cela ne s'est pas arrêté avant la fin et nous pensions ne pas en venir à bout! C'est la première fois qu'une chose pareille nous est arrivée. Finalement la végétation dense a pris l'ascendant sur le rocher et nous avons pu profiter une deuxième fois du sommet d'Amuri!
Au total, nous avons placé 5 broches dans toute la voie. Celle-ci nous a pris 14 jours, dont 4 au sol à attendre que Jean-Louis se rétablisse de ses blessures aux mains. La difficulté est très soutenue avec 8 longueurs en 7b ou plus!

"Apichavai" est le nom d'un guerrier qui a vécu à Yunek et qui est parvenu à tuer "Tri Tri": un oiseau géant qui aurait emporté et dévoré ses victimes dans une cave sur les Tepuys.

Nous aimerions remercier tous ceux qui nous ont aidé à vivre nos rêves: Le Club Alpin Belge, Patagonia, Julbo, Five Ten, Black Diamond, Seeonee, Sterling ropes, Beal, Belclimb, Petzl, Careplus, Katadyn, Nordisk, Boreal, Crux, AVS aviation.

Nous voudrions aussi remercier Oliver de Trekken tepuy qui a supervisé les aspects logistiques de l'expédition, notre pilote Marcos Garcia et tous les habitants sympathiques de Yunek qui nous ont aidé à porter nos bagages à travers la jungle.

Vous pourrez découvrir plus d'info et d'anecdotes dans les semaines qui viennent: www.xpedition.be et Facebook

A bientôt,

Nico, Stephane, Jean-Louis et Sean


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03-12-16
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