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China Jam

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Retour sur la dernière expédition du CAB-RCT

10 novembre 2013, 

Nous n’avons pas beaucoup d’infos sur l’endroit où nous allons, mais celles en notre possession sont de qualité. Nous ne savons pas grand-chose non plus du réel potentiel de l’endroit, ni de la météo à cette période. Manquent également pas mal d’autres paramètres relativement importants pour bien organiser une expédition. Bref, c'est l’inconnue totale…

Nous sommes pourtant fin prêts. L’équipe qui part en Chine est composée des trois membres indéboulonnables que sont Sean Villanueva, Nicolas Favresse et Stéphane Hanssens. Mais cette fois, nous faisons une petite entorse à notre règlement et prenons un Français avec nous, Evrard Wendenbaum. On espérait peut-être avoir des vacances du coup.

Vient l’heure du départ. Les bagages sont expédiés à l’avance en espérant les retrouver sur place. Après quelques jours de voyage en avion, bus et dromadaire et autant de péripéties, le camps de base est atteint. On est à environ 3600 mètres d’altitude. Les démarches administratives n’ont pas été simples. La Chine est un pays qui s’ouvre, mais où les rigueurs administratives de l’ancien régime sont toujours présentes. Conséquence, nous ne sommes plus quatre mais six : un agent de liaison et un traducteur nous accompagnent. Nous prévoyons de rester 40 jours sur place ; ça laisse le temps de voir venir. La première approche consiste à explorer la vallée principale et les vallées secondaires afin de trouver un objectif d’envergure. L’exploration permet aussi l'acclimatation à l'altitude.

Après quelques jours, l'objectif principal est fixé. On se rend néanmoins compte de la stabilité de la météo dans son instabilité. Tout les matins, il fait beau ou presque. Par contre, le temps a tendance à se dégrader au fur et à mesure que la journée avance et de se terminer par des chutes de neige. Notre attention se porte sur la face sud-est du Kyzil Asker. Une face de plus de 1200m dont la fin a l’air bien chargée en neige, ce qui n’est pas vraiment notre spécialité. On s’est dit qu’on avisera bien le moment venu. Nous embarquons donc sur le mur avec 15 jours de nourriture afin de pouvoir tenir le coup et espérer, de un, atteindre le sommet, de deux, enchaîner toutes les longueurs en libre.

Après quelques jours, l'objectif principal est fixé. On se rend néanmoins compte de la stabilité de la météo dans son instabilité...

Rapidement les conditions météorologiques et l’altitude nous confirment que nous allions rester un petit temps dans nos portaledges. L’altitude nous joue pas mal de tour, même si nous n’étions "qu’à" 5000 mètres. D’abord, la moindre égratignure peut se transformer en une infection recouvrant toute la main et qui ne cicatrice pas. Ce qui n’est pas évident quand on doit jammer dans les fissures. Ensuite, tout est plus lent. La remontée au jumar, la grimpe, la réflexion, les prises de décision. Le pied de la face est estimé à 4500m tandis que le sommet est vers 5800m. Enfin, le moindre petit refroidissement se transforme en maladie. Chacun à notre tour, nous aurons l’occasion de constater ces effets.

La grimpe n’est pas trop compliquée heureusement. Enfin, tout est relatif. On réalise presque toutes les longueurs à vue mais les conditions sont difficiles. Il fait vraiment froid. Tellement que la neige ne fond pas en plein soleil. Ca donne bien une idée de la température qu’il faisait. La progression est cependant assez rapide pour l’altitude, mais le sommet reste encore loin. Au niveau rocher, on est servi. Sa qualité est excellente. Très peu de déchets et chaque longueur est un plaisir. On alterne rocher et longueur de glace/neige.

Après une dizaine de jours de progression, nous commençons à voir le bout. Il est temps de préparer notre assaut vers le sommet, mais ce dernier nous inquiète. Nous voulons diminuer au maximum la période en dehors de nos cordes fixes. Ce qui veut dire en dehors d’un retour rapide vers nos refuges que sont nos portaledges. Les températures extrêmement froides et la météo instable nous font craindre le pire. Du coup, on décide de déplacer notre camp le plus haut possible afin de limiter notre exposition au plus court. A cette altitude, tout est plus lent.

Finalement, on est prêt pour l’action finale, une tentative vers le sommet. Les longueurs en dessous ont été enchainées et toutes les cordes fixes ont été placées. On attend juste le créneau météo. Etant donné l’absence de prévisions, on se base sur nos observations en matinée et la variation du baromètre. Le premier jour, on se prépare, mais après une demi-heure, il commence à neiger. C’est postposé ; il neige toute la journée.

On effectue une sortie de près de 20h afin d’atteindre le sommet et revenons sans dommages au camp. Du moins c’est ce que l’on pensait...

Le lendemain, alors que l’on ne s’y attend pas, il fait grand beau. "A l’attaque!" La journée est excellente. Une des meilleures que nous ayons eues depuis notre arrivée sur la paroi. Heureusement que l’on a décidé de partir malgré la tempête de la vieille. On effectue une sortie de près de 20h afin d’atteindre le sommet et revenons sans dommages au camp portaledge. Du moins c’est ce que l’on pensait…

Les derniers trois cents mètres ont dû être réalisés en mixte. Certaines longueurs furent bien sketchy (ndlr : engagées et bizarres). Il faisait trop froid pour les grimper en libre. Les températures, malgré le beau temps, n’étaient pas très élevées. Du coup, nous avions attrapé, à l’insu de notre plein gré, des gelures à différents degrés. J’ai été le plus durement touché. Le constat nous accable. On n’a pas très envie de devoir y laisser un ou plusieurs orteils. Nous prenons la décision de redescendre au plus vite et mettons un terme prématuré à notre expédition. La santé avant tout. Le retour au pays ne se fait pas sans une réelle satisfaction. Nous avons réalisé notre objectif principal. Plus de peur que de mal sans doute. Il faudra juste du temps pour la convalescence.

La voie comporte une trentaine de longueurs du pied de la face jusqu’au sommet de la montagne. Nous avons atteint le sommet de la face, pas le "vrai" sommet de la montagne qui se trouvait sur une arête perpendiculaire. Nous l’avons atteint à la tombée de la nuit et le vent nous glaçait le sang. La cotation de la longueur la plus dure en libre est estimée à 7b, 7b+ et pour le mixte, même si nous n’avons pas beaucoup d’expérience, M7. Il n’est déjà pas évident de donner des cotations lorsqu’on est dans des conditions idéales. Alors là-haut, on ne vous le fait pas dire.

Trois Russes, Alexander Ruchkin, Mikhail Mikhailov et Alexander Odintsov ont réalisé en 2007 ce qu’on pense être la première ascension de cette face. Nous n’avons pas beaucoup d’informations sur l’itinéraire exact qu’ils ont emprunté. Nous savons que nous avons démarré environ 400m plus bas qu’eux et plus à l’ouest. Par la suite, nous avons suivi grosso modo le même itinéraire, sur une dizaine de longueurs (de la 15ème à la 25ème environ). Certaines pièces laissées sur place parlaient d’elles-mêmes. Nous n’étions pas les premiers. Sur la fin, nous pensons que nous avons pris un chemin différent. La ligne la moins exposée aux risques de chutes de glace a été suivie. Cela explique que nous ayons pris plus ou moins le même itinéraire que les Russes. Le pilier offrant le plus de sécurité.

Stéphane Hanssens


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28-11-13
The first trailer of the expedition is now available in this article. Yeah!

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