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Ouvreur international aspirant

Retour d'expérience

30 mai 2007, 

Petit crochet en Suisse...

Du 19 au 23 mars a eu lieu à Bern la formation d?ouvreur international de l?IFSC (International Federation of Sport Climbing). Deux Belges inscrits parmi les 17 participants, Olivier Coenen et moi-même. Au total 14 pays étaient représentés entre l?Espagne, l?Angleterre pour citer ceux proches de chez nous et l?Inde ainsi qu?Hong-Kong pour les plus lointains. La première fois que j?ai eu la liste des participants en main je me suis dit « oula, va falloir qu?ils soient à la hauteur les petits Belges ! ». Entre les frères Bindhammer, Serik Kazbekov, Tomasz Oleksy, Evegeny Kryvosheytsev, le tout chapeauté par Jacky Godoffe et Simon Wandeler, on avait autour de nous des grimpeurs de 9a, des médaillés dans toutes les disciplines de Coupe du monde, des surmutants du bloc... En gros, une belle brochette de grimpeurs et surtout une formidable occasion pour nous d?en apprendre un maximum.

Arrivée donc à Bern le dimanche soir pour Oli et le lundi après-midi pour moi. Rien n'est prévu de spécial pour la première journée le temps que tout le monde arrive, hormis les présentations de l?équipe vers 19h dans l?immense salle Magnet à Niederwangen. Comme on pouvait s?y attendre, la soirée s?est rapidement transformée en séance de bloc. Quoi de mieux pour faire connaissance. Tout cela sous le regard perplexe de Jacky et Simon probablement en train de penser qu?on ne se rendait pas compte de ce qui nous attendait... Le soir, direction l?hôtel tous ensemble. Dîner on ne peut plus copieux. On en aura bien besoin durant toute la semaine !

Mardi matin, deux groupes se forment. Le premier s?occupera des blocs sous les ordres de Jacky, le deuxième travaillera les voies avec Simon. Les groupes seront intervertis au milieu de la formation, celle-ci visant à nous préparer à ouvrir aussi bien en compétition de difficulté qu?en compétitions de bloc. Je pars dans le groupe des blocs, Oli dans celui des voies.

Tâches de la journée pour les bloqueurs : ouvrir seul une voie de qualification pour hommes (niveau coupe de monde), ainsi qu?un circuit de demi-finale hommes ou femmes par équipe de trois. Ce qui fait encore quatre problèmes par équipe. La couleur du jour étant annoncé, tout le monde se met à l'ouvrage. C?est simple, de 10h à 16h30, ouverture non-stop avec environ 30 minutes de pause sandwiches à midi. L?optique de Jacky est de nous laisser faire notre boulot chacun de notre coté pour ensuite se faire une séance rassemblés où l?ensemble des blocs sont testés. L?idée n?est pas mauvaise puisqu?en plus de voir si on a bien fait notre job, on a au total 20 blocs à grimper où on apprend ce qui est bien et ce qui est à éviter. A noter que malgré les 50 ans de Jacky, celui-ci est toujours plus qu?impressionnant...
Fin d?après-midi, petite discussion avec tout le monde concernant règles, organisation et autres petites choses bonnes à savoir. Première journée achevée... la peau s?est déja bien déteriorée mais la motivation, elle, est à bloc !

Le lendemain, fin des tests de la veille (Eh oui ! 20 voies de coupe du monde, ça prend un bon moment à grimper !) et début d?un atelier ouverture de blocs « impressionnants ». Des blocs de finale qui devraient laisser tout le monde bouche bée. Les idées commencent à fuser dans tous les sens. Entre jumps spectaculaires, mouvs retords et mur presque nu de prises qui à priori semble impossible à grimper ! Au contact des autres grimpeurs pratiquant la compétition internationale depuis plus de 15 ans parfois, on constate un panel de mouvements et de fantaisies peu habituelles chez eux. Quoi de mieux pour apprendre de nouvelles choses. Fin des ouvertures, début des tests. Même les meilleurs commencent à montrer des signes de fatigue et nous ne sommes qu?à la moitié du séjour!
Petit débriefing en fin d?après-midi sur l?ensemble du travail effectué par chacun. Très positif dans l?ensemble.

Constat personnel ce jour-là : la qualité d?ouverture en compétition internationale est due à plusieurs facteurs. Tout d?abord, le type de mur. Les inclinaisons sont extrêmement variées sur des petites surfaces. Il est a fortiori possible d?ouvrir des mouvements de toit, des rétas, des séquences utilisant les bords ou des passages derrière un angle sur un seul bloc, ce qui le rend très intéressant. Dans le même ordre d?idées, il y a aussi une grande utilisation de modules qui rendent les préhensions plus variées et agréables et donnent ainsi un aspect esthétique à l?itinéraire.
Les prises elles aussi ont leur mot à dire. Souvent on ne les connaît pas et un ouvreur qui a des nouvelles prises en main a toujours un beau panel d?idées pour les utiliser ! Dernier point, l?émulation du groupe. On ouvre seul mais tout le monde teste chaque voie, et finalement après avoir fait les retouches, le bloc a été ouvert par plusieurs personnes ce qui le rend encore plus varié. Par rapport à la Belgique c?est la diversité des prises, des inclinaisons et des modules qui fait la différence. Et il n?y a rien à faire, quand les ouvreurs sont des professionnels fréquentant assidûment les compétitions, le travail est beaucoup plus rapide et efficace que quand il s'agit d'ouvreurs occasionnels.

Revenons à nos moutons. Jeudi matin, échange des groupes voies et blocs. Les programmes pour les nouvelles équipes sont globalement les mêmes que les jours précédents. Premières différences notables du coté des voies par rapport au pays : dans cette salle, les voies se grimpent en tête ce qui permet d?avoir des murs beaucoup plus inclinés. L?ouverture sur corde s?avère à priori difficile mais pas de panique, nous avons des élévateurs à disposition ! Deux élévateurs montant à 13-14 mètres du sol, d?une surface d?environ 7m² avec une vitesse de pointe à maximum 10 km/h ! Premier atelier, apprendre à manipuler ces engins. Comme on aurait pu s?y attendre, cela se termine rapidement en course poursuite entre les deux élévateurs, la formation était sérieuse mais les participants un peu dissipés par moment... Après manipulation de l?engin au sol, c?est parti ! 3 personnes par nacelle. Top chrono ! La mission de mon équipe : ouvrir un quart de finale homme en 2h30 (environ 8a/8a+). Première réflexion, « ouille 2h30, j?ai jamais ouvert une voie aussi vite de ma vie ! » En route donc ! L?ouverture à l?élévateur, après quelques minutes pour s?y habituer, s?avère bien plus rapide que l?ouverture à la corde quand on a de l?expérience. Toutes les prises à portée de main, il suffit de bien juger de l?endroit où les mettre sans essayer les mouvements. Une bonne heure et demie pour mettre les prises sur le mur, deux passages pour tester les passages et finalement une dernière rectification rapidos. Les adaptations sont beaucoup moins fatiguantes avec ce système qu?en devant remonter sur corde. Ici, on prend quelques prises avec nous dans la nacelle, on appuie sur un bouton et on se retrouve en haut du mur en moins de deux. Seule petite remarque, à 13 mètres du sol, gardez-vous de tout mouvement brusque afin d'éviter de tanguer trop fort !
Comme d?habitude, test de chaque voie et après-midi relaxe avec un petit cours théorique ainsi qu?une demi-heure en compagnie d?un des instructeurs pour une séance de questions-réponses sur les connaissances du métier d?ouvreur et des règles internationales. Mêmes constats que pour le bloc concernant les différences d?ouverture. En quelques mots, variété des prises et du mur, et de nouveau l?ouverture à plusieurs. Chacun gère son tiers de voie et moyennant quelques retouches, l?ensemble donne quelque chose de varié et d?interressant pour le grimpeur.

Dernier jour. La fatigue se ressent. Tous les participants sont à bout de force. Quoi de plus normal lors d?une ouverture en coupe du monde. C?est assez fréquent donc autant en profiter pour apprendre à travailler dans cet état. Encore une voie à ouvrir le matin dans la même optique que la veille et dans l?après-midi, nouveau défi : modifier une voie le plus rapidement possible sans la réessayer pour ajuster les niveaux. Ceci peut être utile par exemple quand on voit après les qualifications que les grimpeurs sont particulièrement en forme et que beaucoup d?entre eux ont enchaîné la première voie. On corse la deuxième pour les départager.

Surprise, pour tester notre boulot, ce n?est plus nous qui grimpons, mais l?équipe nationale suisse ! Celle-ci a prévu de passer toute la soirée à la salle pour essayer l'entièreté des blocs et des voies que nous avons ouverts durant la semaine. Qu?espérer de mieux pour avoir un bon feedback de notre travail.
Après une petite heure à regarder l?équipe suisse grimper, direction la salle de réunion où les résultats sont distribués... Jacky et Simon étaient très impressionnés du niveau général de cette année. Hormis deux personnes, tous ont obtenu le statut d?aspirant ouvreur international dont Oli Coenen et moi-même!
Il ne nous reste plus qu?à suivre deux expériences pratiques en coupe du monde afin d?obtenir le statut officiel.

Tout le monde regagne ses quartiers, exténué par environ 20h d?ouverture et 10h d?escalade en 4 jours. Après avoir également distribué adresses email ou échangé quelques projets de falaise pour l?été. Mention spéciale pour Jacky Godoffe et Simon Wandeler qui ont été extrêment serviables durant cette semaine et qui ont réellement réussi à transmettre leur passion de l?ouverture.

Jérôme De Boeck

 


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